Traoré, Tiéba (1958-1994) (FR)

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Tiéba Traoré, entouré de sa famille, vers 1985 (au moment de son baptême ou peu avant), à Kotoura. Photographe : Anne Garber Kompaoré. Utilisée avec permission.
De gauche à droite : Karidja (deuxième femme de Traoré) avec ses fils Emmanuel (dans ses bras) et Arouna (debout devant), Tiéba Traoré (assis), Mariam (première femme de Traoré) avec son fils Daniel (dans ses bras), son fils Amidou (chemise jaune) et sa fille Abibata.

Tiéba Traoré, évangéliste et leader d’église, est né en 1958 à Kotoura, province du Kénédougou, à l’ouest du Burkina Faso. Son père, Kunandi, était le chef du village de Kotoura. Kunandi avait deux femmes et quatorze enfants. Tiéba était le sixième des dix enfants de la seconde femme du chef. Tiéba est né dans une famille à religion mixte. Son père était un musulman et sa mère était une animiste.

Il n’y avait aucun chrétien protestant dans la zone et seulement une poignée de chrétiens catholiques. En 1982, deux missionnaires de la Africa Inter-Mennonite Mission (AIMM), Anne Garber et Gail Wiebe, sont arrivées à Kotoura. Comme chef du village, le père de Tiéba leur a donné l’hospitalité et a demandé à Tiéba, qui avait fait l’école jusqu’à la classe de CE2, d’être à leurs côtés et de leur servir de traducteur senoufo-français.

Peu après l’arrivée des missionnaires, Tiéba, curieux au sujet de Dieu, était content d’entendre la bonne nouvelle du salut. Le 15 octobre 1983, après des mois de réflexion sur la foi, les missionnaires l’ont invité à une campagne d’évangélisation à Orodara. Lorsque Tiéba a entendu l’évangéliste venu de la Côte d’Ivoire donner son témoignage de conversion de l’Islam, il fut le premier à aller devant pour donner sa vie à Jésus. De retour dans son village, Tiéba dit à ses deux femmes qu’il était devenu chrétien. Sa première femme Mariam décida de se convertir aussi. Mais sa deuxième femme refusa. En effet, les rumeurs étaient dans tout le village que ceux qui se convertissaient au christianisme n’honoraient pas leurs morts. Sa deuxième femme a donc dit qu’elle n’allait pas se convertir afin de pouvoir faire les funérailles de ses parents. Le 19 mai 1985, Tiéba et quatre autres personnes furent les premiers chrétiens à être baptisés parmi le peuple sénoufo.

Après son baptême, Tiéba vivait une vie pieuse et annonçait la parole de Dieu. Un jour, un renommé voleur est venu voler son mil. Quand Tiéba a appris cela, il alla donner encore plus de mil à ce voleur au lieu de lui faire du mal. Le voleur a été vivement touché par cet acte posé et le témoignage fut répandu dans tout le village.

Tiéba était un motivateur et un rassembleur. Il organisait les jeunes du village en groupements de travail contractuel dans les champs. Pendant ces travaux champêtres, il prêchait la bonne nouvelle du salut à ses amis. Il initiait beaucoup d’activités à l’église. En tant que pionnier, il rendait visite à tous les fidèles dans leur maison pour les encourager dans leur marche dans la foi.

En 1985-1986, quand les missionnaires de l’AIMM sont rentrées en Amérique du Nord pour leur congé, Tiéba et ses compagnons ont été persécutés dans le village. Cela les a empêchés de se réunir, et deux frères Mamadou et Seriba, qui venaient de se convertir, étaient bannis de leurs familles. Mais même pendant ce temps décourageant, Tiéba a continué de maintenir l’église en vie. Un homme aveugle nouvellement converti du nom de Babali a permis que les chrétiens fassent les rencontres chez lui à la maison.

Désireux d'entreprendre des initiatives d'évangélisation dans les villages environnants comme Kankala et Sayaga, Tiéba a demandé l’aide des missionnaires pour projeter le film de Jésus. Les missionnaires n’étaient pas d’accord avec cette idée. Mais lorsqu’un préfet chrétien fut affecté dans le village, il a aidé Tiéba pour faire venir l’équipe d’évangélisation qui a présenté le film de Jésus. Même s’il y eut peu de conversions suite à cette campagne d’évangélisation, Tiéba ne s’est pas découragé, car il était convaincu que c’est ce que le village de Kotoura devait voir. Avec le temps, des centaines de personnes ont vu le film de Jésus.

En 1986, la missionnaire Gail Wiebe s’est mariée et est retournée aux États-Unis. Anne Garber fit la rencontre du traducteur de la Bible et pasteur de l’Église apostolique Daniel Kompaoré et se maria avec lui plus tard. Très inquiet de l’avenir de l’église après le départ des missionnaires, Tiéba demanda à l’AIMM de trouver de nouveaux missionnaires pour continuer l’œuvre à Kotoura, mais ils n’en trouvèrent aucun. Mais en 1993, Joël Traoré, un chrétien de Kagala en Côte d’Ivoire, est arrivé au Burkina Faso. La même année, un autre homme chrétien, Larito, est aussi rentré de la Côte d’Ivoire dans son village à Sayaga. Rapidement Larito a commencé à encadrer les nouveaux croyants de Sayaga. Tiéba s’est senti encouragé avec la venue des deux frères. Les chrétiens des trois villages – Kotoura, Kangala et Sayaga – se sont mis ensemble pour aller évangéliser au village voisin de Sokouraba. Tiéba et Joël visitèrent régulièrement les nouveaux convertis de Sokouraba.

En mars 1993, lorsque les Assemblées de Dieu ont implanté une église à Koloko, Tiéba et ses compagnons ont compris qu’il fallait collaborer avec d’autres dénominations pour gagner la zone senoufo pour le Seigneur. Ainsi ils ont collaboré dans l’organisation des campagnes d’évangélisation comme à celles de Maon et de Sokouraba.

Tiéba a continué avec ses projets d’affermissement des âmes et la conquête de nouvelles âmes pour le Seigneur. En décembre 1993, Tiéba et ses compagnons ont été confrontés avec un grand défi qui était la mort et l’enterrement de Babali. Les obsèques ont été conduites par Tiéba. À peu près au même moment, il organisa une campagne d’évangélisation avec l’appui de Jeunesse en Mission. Pour nourrir les invités, Tiéba égorgea un mouton. Dans la même semaine, pendant qu’il enseignait, il sentit un malaise et il partit à l’hôpital. Tiéba, le héros de la foi de la zone sénoufo, décéda le 22 février 1994 à l’âge de 36 ans.

Les non chrétiens du village dirent que son père avait attiré son âme dans le séjour des morts, puisque Tiéba n’avait pas offert de sacrifice de mouton à son père défunt. Les chrétiens, qui ne crurent pas en cela, étaient dans le grand deuil d’avoir perdu leur exemple dans la foi. Le personnel médical atteste que Tiéba est mort de la méningite.

La foi des chrétiens de la zone a refroidi suite à la mort de Tiéba. Certains abandonnèrent même la foi. Mais Dieu veilla sur son église pour qu’elle ne meure pas. L'église de Kotoura a continué à se développer, d'abord sous la direction des anciens, puis des pasteurs Mamadou Traoré et Daouda Traoré. En tant que l'une des premières assemblées de l'Église évangélique mennonite du Burkina Faso, elle est un héritage de la vie et du témoignage de Tiéba Traoré.

See also Traoré, Tiéba (1958-1994)

Bibliographie

Kompaoré, Anne Garber. Courriels personnels. (2021).

Traoré Abibata, fille ainée de Tieba Traoré. Interview par l’auteur. Samogohiri, Kénédougou, Burkina Faso (29 avril 2021).

Traoré Mariam, première femme de Tieba Traoré. Interview par l’auteur. Kotoura, Kénédougou, Burkina Faso (29 avril 2021).

Traoré Moussa, pétit frère de Tieba Traoré. Interview par l’auteur. Kotoura, Kénédougou, Burkina Faso (29 avril 2021).

Traoré Seydou (Ariel), ami de Tieba Traoré. Interview par l’auteur. Kotoura, Kénédougou, Burkina Faso (29 avril 2021).

Traoré, Siaka. “Unis par grâce depuis 40 ans: Église Évangélique mennonite du Burkina Faso.” Courier/Correo/Courrier (octobre 2019): 13-14.


Author(s) Josué Coulibaly
Date Published September 2021

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